Non
21. Mars 2011
"Plusieurs spécialistes de la petite enfance s'accordent à dire que les injonctions
ne sont pas compréhensibles par les enfants avant 7 ans"
Filliozat a beaucoup "piqué" chez Solter, on peut pratiquement considérer que ça
ne fait qu'une seule et même source.
Personnellement, je trouve que c'est une idée intéressante à explorer, car cela
permettrait certainement d'expliquer certains comportements de nos enfants. Ce
qu'on appelle la "phase d'opposition" par exemple...
Après une petite recherche, j'ai trouvé le passage suivant sur le blog de
Catherine Dumontheil-Kremer:
"Je me rappelle d'Aletha Solter qui disait lors d'une de ses interventions que
les enfants ne répondent pas aux injonctions verbales avant sept ans."
http://www.cdumonteilkremer.com/article-6042861-6.html
Voici tout ce que j'ai pu trouver chez Solter:
"Les enfants de moins de sept ans ne sont tout simplement pas capables
d'interpréter les mots de la même manière qu'un adulte."
(ref: Jerome S. Bruner, "The Course of Cognitive Growth," American Psychologist
19 (1964), pp. 1-15.)
http://www.awareparenting.com/timeoutfrench.htm
Plus précisément, Bruner explique que le mode de pensée "symbolique" ne se met pas en place avant 6-7 ans:
http://psychology4a.com/develop8.htm
Chez Filliozat:
"Or, ce « non ! », l'enfant ne sera capable de le comprendre que vers l'âge de 7
ans car la perception de la négation nécessite de pouvoir élaborer une image
mentale et de la nier ensuite (ex : ne pensez pas à une girafe)."
(Compte rendu du 1er symposium de psychologie positive (24 sep 2010))
http://www.emergences-asbl.org/images/stories/ressources/cr_240910.pdf
Bref, 3 références différentes à l'âge de 7 ans, celle de Solter étant la plus
vague.
Rudolf Steiner:
"Selon la science spirituelle, l'homme passe par plusieurs états de naissance
(...) Pendant les sept premières années de sa vie, le corps éthérique de
l'enfant est entièrement entouré de courants éthériques du monde extérieur, tout
comme le corps physique est enveloppé jusqu'à la naissance d'une enveloppe
maternelle physique. Au moment de la chute des dents, cette enveloppe éthérique
disparait. Le corps éthérique ne nait pas avant ce moment-là, à l'âge de sept
ans. Le corps astral est encore enfermé dans l'enveloppe astrale maternelle qui
disparait à la puberté. À partir de là, le corps astral se développe librement
jusqu'à 21 ou 22 ans, l'âge de naissance de l'ego." (Rudolf Steiner, The Being
of Man and His Future Evolution EVOLUTION, INVOLUTION AND CREATION OUT OF
NOTHINGNESS)
J'ai découvert aujourd'hui que plein de gens ont écrit sur ce fameux âge, 7 ans.
Mais si tu regardes bien, tu verras qu'ils ne disent pas tous la même chose.
C'est ça qui m'interpelle. D'abord pourquoi cet âge, et ensuite qu'est-ce qu'on
ne peut pas faire au juste avant 7 ans? Lire, obéir, interpréter les paroles des
adultes, comprendre une injonction négative?
Je croyais tenir quelque chose, et j'ai le sentiment que ça m'échappe...
Dommage (?)
22. Mars 2011
Ca va à l'encontre des idées reçues?
C'est vrai qu'on doit parler aux bébés, et qu'ils comprennent beaucoup de
choses, mais tout?
"Mon bébé comprend tout" est le titre abusivement traduit du livre de Aletha
Solter, "The aware baby" ("le bébé conscient")…
"Mon filleul qui en a 18 comprend parfaitement quand on lui demande de ramasser sa tétine"
On pourrait argumenter que ça relève du dressage (là je fais l'avocat du diable,
j'espère que ce n'est pas ça, mais pourquoi pas?)
Je suis tout à fait d'accord avec Filliozat sur le fait que les ordres négatifs
exigent un degré d'abstraction important. D'ailleurs, même avec des adultes,
quand on demande de faire quelque chose, il vaut toujours mieux formuler à la
forme positive (comme dans les slogans publicitaires ou électoraux, par
exemple).
Personnellement, voici comment je vois le "non":
- à mon avis, les jeunes enfants ne comprennent pas toute la portée du non, on
le voit à la manière dont ils l'emploient, à "tort et à travers", y compris
quand ils sont manifestement d'accord avec ce qu'on leur demande; souvent ils
font juste après ce à quoi ils viennent de dire non;
- ma fille piquait des crises terribles quand on lui disait non. Mais ce que je
lisais dans ses yeux, dans son comportement, c'était l'impuissance, la colère,
le désespoir ... L'impuissance à se faire comprendre et à me comprendre, la
colère contre moi et contre elle (elle se tapait la tête par terre)… Mon
beau-père (82 ans), en la voyant, m'a raconté qu'il se souvenait très
précisément d'avoir ressenti du désespoir en s'apercevant, plus ou moins au même
âge (2-3 ans), qu'il ne parvenait pas à se faire comprendre. Et j'ai retrouvé le
même sentiment avec notre fils, qui effectivement ne comprenait pas au début ce
que nous disions et ne nous comprenait pas, puisque nous l'avons adopté à 2 ans
½: impuissance, colère et désespoir.
Bref, on est bien loin du concept de "phase d'opposition", qui ne m'est guère
sympathique il est vrai, parce qu'elle nous pousse à voir les relations avec nos
enfants en termes de confrontation, de rapport de forces…
22. Mars 2011
Bien sûr le bébé est un humain à
part entière, mais pas un adulte en réduction. Un cerveau de bébé est très
différent d'un cerveau d'adulte. Il fonctionne d'une manière radicalement
différente. Il a des émotions, mais ses pensées n'ont sans doute pas grand chose
à voir avec les nôtres.
La citation de Filliozat qui me parle bien, parce qu'elle apporte une réponse
possible à un certain nombre de questions que je me posais depuis très
longtemps:
"Or, ce « non ! », l'enfant ne sera capable de le comprendre que vers l'âge de 7
ans car la perception de la négation nécessite de pouvoir élaborer une image
mentale et de la nier ensuite."
On demande à un enfant de faire quelque chose. Parfois il le fait, parfois il ne le
fait pas.
Pour certains, l'enfant a compris mais choisit de ne pas obéir. Moi je me demande si
les "injonctions" ont été comprises...
Pour qu'il y ait manipulation, il faut qu'une personne en amène une autre à
faire quelque chose qui n'était pas au départ dans ses intentions. Pour ne pas
recourir à la contrainte, on serait obligé de passer par la manipulation. On
retombe à nouveau dans cette logique de "confrontation": l'enfant comprend mais
ne veut pas obéir...
Éducation consciente ou pas, finalement une grande partie de nos discussions sur
cette liste porte sur "comment obtenir que mon enfant fasse ce que je veux?"
(comment le faire dormir etc).
Ce n'est pas une critique, juste un constat, je ne suis pas plus avancée,
coincée que je suis entre les contraintes horaires de mon boulot et celles de
l'école des enfants.
Je me demande si on ne nage pas en plein malentendu. Et si nous ne comprenions
pas nos enfants et qu'eux ne nous comprenaient pas? Nous voulons les amener à
faire quelque chose mais ils ne comprennent pas quoi... Et nous ne comprenons
pas pourquoi ils s'opposent et résistent...
Je ne crois rien, je m'interroge... C'est une possibilité parmi d'autres et je
ne peux pas l'écarter sans l'avoir examinée sous tous ses aspects. D'autant que
je la trouve séduisante.
23. Mars 2011
La question est: un enfant de 2 ans comprend-il?
Je ne connais pas la réponse, mais à celles qui me disent: oui, j'en suis certaine, je réponds
que moi je n'en suis pas sûre...
Parler de "dressage" est-il du dénigrement? Peut-être - mais c'est moi que je dénigre, puisque je fais pareil...
24. Mars 2011
Ce n'est pas toi qui a appris à ton fils à marcher!
Un enfant éprouve de la frustration, de la colère de ne pas pouvoir marcher comme son
frère et ses parents, de ne pas y arriver tout de suite. Mais même si
sa mère l'accompagne, à mon avis, c'est *l'enfant* qui a appris à marcher! (au sens où
elle ne le lui as pas *enseigné*)
Le terme "dressage" étant péjoratif et ayant des consonnances très négatives pour certains,
pourquoi ne pas choisir un autre mot à la place?
"Éducation", par exemple, c'est plus civilisé...
SVP, que personne ne se sente visé par mes propos, car généralement c'est de
moi que je parle! Quand je parlais de "dressage", c'était une forme
d'auto-dérision...
Effectivement, un enfant livré à lui-même, sans aucun contact avec d'autres
humains n'apprendra pas à parler et il perdra même sa plus grande partie de sa
capacité à apprendre. En d'autres mots, il ne deviendra pas humain. Pour cela,
il faut des interactions, un accompagnement, une protection... de la part
d'autres humains.
Malgré tout, ce ne sont pas les adultes qui *enseignent* aux enfants à marcher
ou à parler. L'enfant est programmé pour cela et c'est la vie en société qui
active cette capacité d'apprentissage à un moment donné.
Steven Pinker a écrit il y a une quinzaine d'années "l'instinct du langage",
dont une partie est consacrée à l'apprentissage par l'enfant. Il s'appuie sur
les recherches de Chomsky et sa "grammaire universelle". Son hypothèse est que
le langage est "pré-câblé" dans le cerveau du nouveau-né et ce sont les
interactions avec ses parents qui vont activer ces "circuits". J'avais trouvé la
démonstration fascinante et très convaincante...
Une autre chose que j'ai trouvée fascinante: selon lui, si un extra-terrestre
débarquait sur terre, il aurait l'impression que les humains parlent tous la
même langue, alors même que nous ressentons nos langues comme si différentes les
unes des autres.
Gravir une montagne, c'est inné.
Apprendre à se nourrir, ça vient naturellement, mais fermer la porte du frigo,
pour moi, ça relève du "dressage".
L'enfant fait le "petit ingénieur", comme dit mon mari. On le voit se demander
"comment ça marche?" "et si je fais ça, qu'est-ce qui se passe?"...
C'est vrai que les objets font partie de notre quotidien depuis si longtemps (le
premier galet taillé, le premier vêtement...) qu'ils sont devenus des
prolongements de notre corps. Que serait l'être humain sans tout le bazar qu'il
manipule tout au long de la journée et accumule tout au long de sa vie? Ca me
fait penser à Donna Haraway, une féministe américaine, et son "manifeste cyborg"
et aussi un peu à l'haptonomie (ou du moins ce qu'en dit Bernard Martino dans
"Le bébé est une personne"). Mais je connais mal...
Comme mon chat faisait pipi sur les lits, j'ai commencé à me pencher sur la
psychologie féline. Je trouve ça très intéressant, notamment parce qu'on peut
transposer pas mal de choses à l'être humain. Par exemple, un chat qui se sent
menacé est stressé et va adopter certains comportements...
Quant au dressage, quelque soit l'animal, à mon avis, il peut et doit être très
doux. Il consiste à obtenir de l'animal ce qu'on attend de lui en le
récompensant (par de la nourriture, des friandises, caresses, de douces paroles,
du jeu...)
Je pense que nos chats domestiques (et les chiens encore plus) sont "humanisés".
L'homme, au fil de milliers d'années, a "sélectionné" ceux qui étaient le mieux
adaptés à nos habitudes. Ou bien ce sont les chats qui étaient le mieux adaptés
qui se sont imposés à nos côtés.
Mon chat est né de chats "harets", il a été capturé petit en pleine nature, il
descend certainement de génération de chats qui ont survécu en liberté. Eh bien
je le trouve différent des chats d'appartement que j'ai eu avant...
25. Mars 2011
Bien sûr, si l'enfant n'a personne à "imiter", il ne va pas marcher, ni parler.
Mais à mon avis on ne peut pas pour autant affirmer que cette personne a appris
à l'enfant à parler ou marcher. C'est l'enfant qui aura appris à parler ou
marcher *avec* cette personne. En fait l'enfant est 1000 (10 000, 100 000?) fois
plus compétent pour apprendre que l'adulte n'est pour enseigner. Et vraiment, je
ne joue pas sur les mots!
28. Mars 2011
Je pense que que la négation exige plus d'opérations de la part du cerveau que
l'affirmation... Je crois aussi que c'est un phénomène bien connu, non seulement
en linguistique, mais aussi en mathématiques (dans le domaine de la logique),
et sans doute en psychologie...
29. Mars 2011
On peut aussi dire que les ados humains, comme les "singes ados" auxquels tu
fais allusion, traversent une "phase d'opposition". Ceci dit, extrapoler du
singe à l'homme, je me demande si ça a un sens....
L'adolescence justement me semble un phénomène largement culturel.
Ceci dit, ton interrogation sur la phase d'opposition rejoint aussi le fil
récent sur l'intégration du "non" à partir de 7 ans et la théorie selon laquelle
les enfants ne comprennent pas (ou n'obéissent pas à) des injonctions négatives.