Attachement
1. Février 2010
Les premiers jours, quand je prenais mon fils (2 ans 1/2) dans les bras, je ne
ressentais rien (mis à part que c'est agréable de tenir un jeune enfant dans les
bras). Je trouvais ça terrible. Je le serrais contre moi, je reniflais son odeur
et je me disais: "il faut que je m'attache à lui, vite!" Et l'attachement est
venu peu à peu. Maintenant (2 ans après) quand je sens son odeur, je reconnais
vraiment mon "bébé".
Avec ma fille (bio), quand elle est née, je me souviens de l'avoir regardée et
de m'être dit "et qu'est ce que je fais maintenant?" Je ne voyais que ses
défauts (un nouveau né, ce n'est pas très joli!), mais au bout de quelques
jours, je trouvais que c'était la plus belle de toutes le petites filles, je ne
me lassais pas de la regarder.
Bref, du temps est nécessaire, dans tous les cas (et l'enfant lui aussi doit
s'habituer à son parent).
8. Mai 2010
Nous avons adopté un enfant de 2 ans 1/2, en pleine phase d'opposition et qui ne
comprenait pas le français. Autant dire que les débuts ont été difficiles. Et
puis, quand je le regardais, que je le touchais, je ne ressentais rien, juste un
grand vide, de l'indifférence. Rien en tout cas de ce que je ressentais pour ma
fille ainée. Ce n'était pas mon enfant.
Mais dès le début, j'ai ressenti une espèce d'urgence "il faut que je m'attache
à lui". Et je le prenais dans mes bras, l'asseyais sur mes genoux, je reniflais
son odeur (inconnue et presque désagréable).
Cela, une de mes amies me l'a aussi raconté: "je pensais que ma fille sentais
mauvais et que je ne pourrais jamais l'aimer, bref, que nous avions commis une
erreur en l'adoptant."
10. Mai 2010
Et j'oubliais le plus important: aujourd'hui (2 ans 1/2 après son arrivée)
j'adore mon fils et il m'adore. Et il va très bien. Et nous aussi! Et maintenant
c'est notre fille qui a besoin qu'on s'occupe plus d'elle.
17. Février 2011
Moi, cet argument du "trop d'attachement" m'étonne, parce que ça va à l'encontre
de ce qui se dit en matière d'enfance abandonnée et d'adoption (je suis maman
adoptive), y compris venant des travailleurs sociaux impliqués dans les
procédures d'adoption: plus un enfant a été en mesure de former tôt un
attachement, plus il sera en mesure de s'attacher à ses parents adoptifs. Ca, on
nous l'a martelé comme un dogme, alors je suis un peu surprise d'apprendre que
la DDASS aurait justement la position opposée (mais bon on habite en
Belgique...)
Ce qu'il me semble avoir compris (mais mes sources ne sont ni complètes, ni
fiables), c'est que la DDASS aurait fondé sa décision sur plusieurs arguments.
Par exemple, la famille d'accueil ferait obstacle à une relation avec les
parents biologiques et manipulerait l'enfant...
Et la famille d'accueil met en avant l'argument du "trop d'attachement",
particulièrement maladroit, justement parce qu'il ne tient pas. Et du "trop
d'amour" parce qu'il n'y rien de tel pour faire pleurer dans les chaumières.
Bref, comme toujours, je me méfie a priori de tout ce que disent les media. Mais
c'est bien sûr une hypothèse de ma part, il est possible que je sois
complètement à côté de la plaque. Et je n'ai aucune sympathie (ni antipathie)
particulière pour les travailleurs sociaux!
Je ne vois pas l'intérêt de
séparer les gens parce qu'il y a trop de liens. D'où mes doutes, justement, j'ai
du mal à croire à 100% à ce qu'on veut bien nous raconter.
Comme je le disais, ce n'est peut-être pas du tout ces motifs-là qui ont conduit
à la séparation, mais comme le dossier de la DDASS est confidentiel, nous ne le
saurons sans doute jamais. En attendant, n'importe qui peut raconter ce que bon
lui chante et le buzz va bon train sur les forums et les réseaux sociaux.
Lundi 21. Juin 2010
Nous vivons de chouettes moments avec notre petit garçon. Il
est parfois très en colère, mais il est aussi très attaché à nous.
Quand on s'y attend le moins, au milieu d'un silence, il me prend la main, il y
dépose un baiser et il me dit "maman, je t'aime!".
Il a peur de l'abandon. Je lui dis souvent, que quoiqu'il
fasse, je suis sa maman pour la vie et je l'aimerai toujours.
Samedi 11. Septembre 2010
Notre fils (5 ans) semble parfois nous en vouloir , mais je suis optimiste,
je me dis que c'est normal et qu'avec beaucoup de patience les choses finiront
par s'améliorer peu à peu (mais peut être pas à 100%). Il faut dire que c'est
notre 2e enfant et que notre ainée (bio) nous cause plus de soucis que lui...
Quand il est fatigué (fin d'après-midi surtout, mais aussi le matin s'il n'a pas
assez dormi), toutes ses émotions remontent à la surface: colère (il frappe),
manque d'estime de soi ("je suis pas beau", "je suis pas gentil"), crises de
larmes etc. J'essaie d'écouter, de reformuler ce qu'il essaie de nous dire et de
le rassurer. Lui aussi nous reproche de l'avoir "laissé" à l'orphelinat. S'il ne
souhaite pas parler, il accepte généralement de dessiner ce qu'il ressent. Je ne
cherche pas à interpréter ses dessins, je n'en suis pas capable, mais ça l'aide
à faire sortir ce qu'il a en lui.
En ce moment, avec la rentrée des classes, c'est plus difficile que d'habitude
(fatigue + sentiment d'abandon). A ta place, j'essaierais de ne pas me focaliser
sur les troubles de l'attachement. Personnellement, j'essaie de faire en sorte
que chaque jour se passe du mieux possible, d'éviter les sources d'excitation,
de veiller à ce qu'il dorme assez, sans trop penser à l'avenir.
Quant à ne pas supporter qu'on lui dise non... Moi aussi je déteste qu'on me
dise non. Pas vous?
Mardi 21. Septembre 2010
Mon fils est perturbé depuis la rentrée. Normalement, c'est un petit garçon joyeux
et (apparemment) équilibré. Nous avons été obligés de le changer d'école et il
n'était pas d'accord. Il regrette ses anciens copains. Résultat: beaucoup de
colères, de larmes. Il essaie de nous frapper, nous dit qu'il ne nous aime pas,
que je ne suis plus sa maman. Il refuse quelque chose qu'on lui propose et, la
minute suivante, pleure parce qu'on ne la lui a pas donnée - ou le contraire: on
lui verse du lait parce qu'il en demande et il râle ensuite parce que soi disant
il n'en voulait pas. Il pleure parce que les biscuits qu'on lui donne sont un
peu cassés ou parce qu'ils sont au chocolat, pas à la vanille... Il m'appelle
méchante et la minute suivante, il m'embrasse en me disant qu'il m'aime et que
je suis gentille. Ce que je remarque aussi, ce sont des signes montrant qu'il
manque d'estime de soi: "je suis pas gentil", "je suis pas beau", "je fais
beaucoup de bêtises", "je vais me casser en deux (?)". Plus il est fatigué, plus
c'est difficile, particulièrement à la sortie de l'école.
Je trouve ça agaçant et ça énerve particulièrement mon mari. Mais comme je l'ai
déjà raconté, nous avons quelques soucis avec notre fille ainée (bio) et du
coup, ça fait diversion, nous ne focalisons pas sur ces mouvements d'humeur.
J'essaie juste de l'écouter et de le rassurer au mieux, de lui faire plein de
câlins. Je lui dis que je comprends qu'il est triste et en colère. Je lui répète
tous les jours que je suis sa maman pour toute la vie et que je l'aimerai
toujours, quoiqu'il fasse. Et je fais attention à ce que sa sœur ne prenne pas
toute la place dans nos préoccupations, parce que c'est peut-être aussi cela qui
le perturbe.
Je pense que ces moments sont peut-être
indissociables du processus d'attachement. A nous de faire preuve de patience et
d'accompagner nos enfants en trouvant les réponses adéquates... Je me focalise
sur les progrès qu'il fait, sur ses bons côtés, plutôt que sur les crises. Je
regarde mon fils quand il dort et je vois un petit garçon tout détendu, avec une
peau toute douce, un beau visage, de jolies mains. Quand il joue, je vois un
petit garçon tout concentré, plein d'idées, qui parle de mieux en mieux, qui
fait de beaux dessins. Et quand je le prend dans mes bras, j'aime quand il se
serre contre moi, je renifle sa bonne odeur, je caresse ses cheveux tout doux...
L'isoler en l'accompagnant et en lui parlant, n'est-ce pas? Je n'aime pas l'idée
de laisser mon fils hurler seul dans sa chambre pendant de longues minutes...
Dimanche 26. Septembre 2010
On ne peut jamais revenir en arrière (ça serait bien pratique, on pourrait effacer les erreurs du passé!).
Personnellement j'essaie de vivre chaque journée du mieux possible, l'avenir je
n'y pense pas. Je n'ai aucune idée de ce à quoi il ressemblera. Si tu te fais un
film catastrophe dans la tête, je pense que tu risques justement de voir arriver
ce que tu redoutes!
Si ça peut te rassurer, ce matin c'est notre fille bio qui est "en crise"!
Hurlements et crises de larmes. Notre petit Tian est tout calme. Il joue avec
ses legos et chantonne.
Ici nous avons essayé la kinésiologie, les résultats ne sont pas évidents, je
trouve. As-tu essayé de voir un homéopathe?
Samedi 23. Octobre 2010
Sincèrement, je ne pense pas que ce soit à cause de cette affaire de brosse à
dent que la journée a été difficile. Ton fils s'est levé du mauvais pied et le
premier prétexte était bon pour provoquer une crise. On a tous des jours comme
ça, même si nous, les adultes, nous avons appris à dissimuler (enfin, certains y
réussissent mieux que d'autres). C'est ce que Aletha Solter (une psychologue
suisse qui a écrit sur les colères et les pleurs des enfants), je crois, appelle
le "syndrome du biscuit cassé" (l'enfant fait une colère parce qu'on lui donne
un biscuit cassé = le biscuit n'est pas la cause, mais le déclencheur de la
crise).
Comme tu le dis, ton fils dort mal, il gémit la nuit, plusieurs nuits de suite,
s'agite sans doute dans son sommeil et se réveille encore fatigué. Ce n'est pas
étonnant qu'il soit de mauvaise humeur.
Moi aussi je fais du sport 1h par semaine, quand les enfants sont couchés, je
trouve que c'est primordial. Et ils n'aiment pas ça non plus. Hier soir, je suis
allée à un concert avec des amis et ma fille (bio, 8 ans) a piqué une crise:
"T'as pas le droit, je te l'interdit, je suis jalouse!" (au moins elle sait
mettre un mot sur ses sentiments!)
Et j'ai droit moi aussi avec mon fils à une alternance de:
- je t'aime pas, tu es méchante, je suis plus ta maman (!)
- je t'aime très fort, maman, pour toute la vie (avec câlins et gros bisous).
Je crois que ce qui est dur (et beau aussi à la fois) avec les enfants, c'est
qu'ils n'ont pas encore le "filtre" des convenances. Les sentiments s'expriment
tels quels, au fur et à mesure de l'humeur. A moi aussi, il m'arrive de détester
mon mari, mes enfants, mes collègues, mon frère... Mais je prends sur moi et je
ne le leur dis pas et de temps en temps le stress que cela me cause me rend
malade: maux d'estomac...
Je ne pense pas non plus que montrer ses émotions, voire pleurer devant ses
enfants leur soit préjudiciable. Il faut juste leur expliquer ce qu'il se passe,
pour éviter de les effrayer: "je pleure parce que j'ai de la peine, parce qu'il
est arrivé X ou Y..."
Quant aux TDA, comme Caroline, je n'y crois pas. Juste avant de partir chercher
notre fils, nous avons vu la psy de notre OAA, qui nous a mis en garde, parce
beaucoup d'écoles évoquent les TDA quand ils voient arriver un enfant adopté. En
fait, nous disait-elle, cette période d'agitation est quasi-systématique chez
les enfants adoptés, particulièrement les garçons! Sa recommandation était de
refuser absolument cette étiquette, due à l'ignorance vis à vis de l'adoption.
C'est une phase normale chez nos enfant, qui risque de durer plusieurs années,
nous a-t-elle dit, et généralement cela passe.
Bref, comme te le dit ta psy, tout est normal. Et non, tu n'as rien fait de mal,
bien au contraire, tu fais tout ce qu'il faut pour que ton fils aille bien. Et
la preuve: il s'attache à toi!
Quant aux troubles autistiques, je n'y connais pas grand chose, mais il me
semble que c'est beaucoup plus grave que ce que tu évoques. Mon fils ne supporte
pas que je tire sur ses chaussettes (elles doivent lui tomber sur les
chevilles!) Il pousse des cris stridents si je le fais. Je pense que c'est une
phase normale que traversent les enfants à un certain âge, surtout s'ils sont
particulièrement sensibles. Et surtout, ce que veulent nos enfants, c'est de la
stabilité avant tout. Papa et maman au coucher et au réveil, toujours le même
parcours pour aller à l'école... L'an dernier, l'institutrice de mon fils a été
absente la plus grande partie de l'année. Elle venait 2 semaines puis tombait
malade. Pendant 2 semaines, les enfants allaient toute la journée à la garderie.
Puis on trouvait une remplaçante (différente à chaque fois). Eh bien, je pouvais
dire selon l'attitude de mon fils quand il y avait un changement, sans qu'il me
raconte rien. Il dormait mal, pleurait, devenait agressif. Maintenant il est
dans une école où j'espère que ce genre de chose n'arrivera plus (ou pas si
souvent). Mais du coup, le changement d'école a été plus violent encore et il a
été très agité depuis la rentrée, même si les choses rentrent graduellement dans
l'ordre: il se fait des copains, s'attache à l'instit... Et du coup, il dort
mieux et se montre moins agressif et plus affectueux.
Voilà mon expérience de maman d'un garçon de 5 ans!
A propos des rituels et petites manies de nos enfants, il y en a une de Tian qui
me revient en mémoire: les premiers mois, quand nous sortions ensemble dans un
lieu public, il fallait impérativement que nous restions groupés, tous les 4.
Dès que quelqu'un s'écartait du groupe, il poussait des hurlements!
Ça me semble assez parlant, comme exemple.
Et ça lui est tout à fait passé (il est avec nous depuis bientot 3 ans).
Mardi 16. Novembre 2010
Je crois que c'est une situation assez classique, que j'ai moi-même vécue avec
ma fille (biologique) et que d'autres mamans m'ont racontée. Regarde un peu
autour de toi à l'école et tu verras peut-être des enfants qui se comportent
comme le tien.
Je pense que nos enfants nous signifient par là qu'ils sont fâchés contre nous
pour les avoir laissés si longtemps à l'école ou chez la nounou. Il faut dire
qu'à cet âge, une heure ça semble déjà long, alors une journée, c'est
l'éternité. Ton fils voudrait être avec toi plutôt qu'à l'école ou chez la
nounou!
Plutôt que te "torturer", je te propose de voir le bon côté des choses: je ne
sais pas depuis combien de temps tes fils sont avec vous, mais en tout cas, ils
sont bien attachés à toi ainsi qu'à leur papa. Ils connaissent parfaitement les
différences entre la maison, la nounou et l'école.
D'autre part, il me semble qu'à 3 ans 1/2, tes enfants sont bien trop jeunes
pour répondre à la question "pourquoi?". La logique d'un enfant de 3 ans 1/2
n'est pas du tout la même que la nôtre (on le voit à l'histoire des gâteaux) et
les rapports de causalité en particulier sont difficiles à appréhender, même
parfois par des adultes! Je te suggère de demander "qu'est-ce qu'il se passe?"
(ou bien de les faire dessiner - à 3 ans 1/2, c'est peut-être un peu tôt, mais
mon fils de 5 ans est bien plus à l'aise pour dessiner que pour expliquer
oralement).
Bref, ne sois pas fâchée, empêche ton fils de te frapper, évidemment. Et essaie
de compenser ta longue absence en te rendant le plus disponible possible auprès
de tes enfants, pour des activités communes, câlins etc.
J'espère t'avoir rassurée avec ces quelques idées basées sur mon expérience. Je
comprends que ce comportement soit déstabilisant, en particulier pour une mère
adoptive de jumeaux. Mais tu as l'air de très bien t'en sortir: l'attachement
est là et tu ne manques pas d'idées (le contrat).
Mardi 30. Novembre 2010
nous avions organisé une fête et je devais
maquiller les enfants. J'ai dû arrêter au bout de 15 mn pour m'occuper de Tian
parce qu'il commençait à faire n'importe quoi pour attirer mon attention.
Je comprends que ça doit être très difficile pour toi si ça arrive tous les
jours, d'autant plus que tu ne peux pas lâcher tes élèves pour aller t'occuper
de lui.
Je me dis que ce serait peut-être encore plus déstabilisant pour Léo de te voir
partir au travail le matin et de ne plus te revoir que le soir, même si ce n'est
pas facile à vivre au quotidien pour tous les deux. Dans ton cas, Léo sait avec
qui il est "en concurrence" (tes élèves). Tandis que pour mes enfants, même
s'ils savent où je travaille et ce que je fais, ça reste très abstrait et sans
doute (comme pour tout ce qu'on ne connait pas) un peu effrayant: et si un jour
maman ne revenait pas?
Peut-être qu'à moyen ou long terme ce que vous vivez actuellement aura des
retombées positives...
En ce moment, ce qui marche très fort avec Tian, c'est de le faire dessiner, il
adore ça. Si on lui demande de représenter une scène qu'il a vécue, il le fait
volontiers et c'est beaucoup plus facile pour lui que de raconter, même s'il
parle très bien. Et en plus ça le calme (je pense que ça marcherait aussi avec
de la pâte à modeler ou des playmobil...)
Jeudi 5. Mai 2011
Ca me semble très dur à vivre d'avoir peur de sa maman, est-ce que vous en avez
parlé à quelqu'un?